Question 39 : L’analyse de l’activité d’une entreprise au travers du compte de résultat suffit-elle au banquier pour apprécier objectivement son risque ?

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Question 39 : L’analyse de l’activité d’une entreprise au travers du compte de résultat suffit-elle au banquier pour apprécier objectivement son risque ?

Message par Davy A. le Lun 22 Fév - 23:33

Introduction :

L’analyse de l’activité d’une entreprise est l’une des principales missions du chargé d’affaires.
Une pleine connaissance de l’activité, de la rentabilité et plus généralement des forces et faiblesses de celle-ci sont incontournables pour bien connaitre son client, orienter la relation bancaire et la prise de décision en conséquence.
Le compte de résultat apparait comme un élément essentiel d’analyse de l’activité. Suffit-il au banquier pour apprécier objectivement son risque ? Il apparait évident que non et ne pas mettre en perspective les informations extraites de celui-ci avec le contexte et les autres éléments conduirait à négliger d’éventuels points forts ou faibles.
Une entreprise est confrontée à une multitude de risques aussi bien internes qu’externes, humains que financiers, liés à son exploitation directe ou non.  Les sources de défaillances sont multiples et les risques présents à tous niveaux. C’est pour cette raison que nous verrons que l’appréciation objective du risque par le banquier nécessite une analyse de l’environnement économique puis que nous étudierons de quelle manière l’analyse des éléments financiers et notamment du compte de résultat permettent d’aboutir à une analyse risque de qualité.


I. L’importance de l’analyse économique de l’entreprise.


Le préalable à l’analyse financière est l’analyse économique de l’entreprise. Celle-ci permet une approche globale prenant en compte l’environnement l’organisation et le fonctionnement de l’affaire.

1. Identité de l’entreprise

• Son historique (Est-elle issue d’une création ex nihilo, d’une reprise ou est-ce une entreprise familiale ?)
• Sa forme juridique (Entreprise individuelle ou société ?)
• Sa répartition capitalistique (Comment l’apport a-t’il été constitué ?)
• Sa localisation géographique (ZA, ZI, quartier résidentiel… ?)
• Son/Ses dirigeant(s) : Age / Régime matrimonial / Adéquation Homme-Affaire / Endettement personnel / Patrimoine.

2. Activité de l’entreprise

• Typologie de produits (Caractéristiques / Différences comparé aux entreprises concurrentes)
• Positionnement de l’entreprise sur le marché (Haut de Gamme, Low Cost ? / Notoriété)
• Marché & conjoncture économique du secteur (Etat : en croissance, stagnant, en baisse)
• Concurrence (Intensité : forte, diffuse, inexistante ?)
• Clientèle : Type de clients (particuliers/professionnels) / Nombre pour la répartition du risque (risque plus important sur un mono-client que sur une clientèle multiple) / Délai et mode de paiements qui peuvent être la cause de difficultés de trésorerie / Qualité des clients
• Fournisseurs : Nombre (Division du risque et risques potentiels d’un mono-fournisseur)  / Proximité (national ou international) / Délais de paiements accordés / Qualité / Sous-traitance.

3. Les moyens mis en œuvre :

• Les moyens d’exploitations : Locataire (typologie et échéance du Bail) ou propriétaire de son local, vétusté du matériel.
• Les moyens humains : Effectif, type de contrat (Extra / CDD / CDI) et nombre d’heures, qualification, climat social, fonctions exercées.
• Les moyens financiers : étude du fonctionnement du compte (solde moyen, incidents, identification du besoin Court terme), les relations bancaires (nombre de banques), les concours existants (Objets, Court terme & Moyen LT), les garanties consentis aux créanciers


II. L’analyse du compte de résultat et des éléments financiers


1. L’activité et la rentabilité par le compte de résultat.

Le compte de résultat est le résumé d’un film retraçant, sur une période donnée, les charges et les produits réalisés par l’entreprise. Il est donc un document de synthèse, faisant partie des états financiers, et ayant pour fonction d'indiquer la performance de l'entreprise.
Ce document donne le résultat net, c'est-à-dire la variation de patrimoine que l'entreprise a gagné (bénéfice) ou perdu (perte) au cours de la période, lequel s'inscrit au bilan.

En tant qu'établissement bancaire, nous utilisons un autre outil d'analyse, issu du retraitement du compte de résultat : les Soldes Intermédiaires de Gestion. Ils ont pour but de mettre en évidence de grandes valeurs significatives, de donner une vision de la performance, de la gestion et de la formation du résultat.
Grâce à ces SIG, les évolutions des valeurs (Valeur ajoutée, Excédent Brut d’Exploitation, Capacité d’autofinancement) peuvent être comparés sur plusieurs années. Cela permet d'analyser la décomposition et l'origine de la rentabilité de l'affaire, en s'intéressant particulièrement à la rentabilité de l'exploitation.

L’ensemble des soldes des comptes de charges et de produits du compte de résultat d’une entreprise sont regroupés en une architecture à 3 étages reprenant 3 rubriques essentielles : Exploitation / Financier / Exceptionnel.
La rubrique « exploitation » regroupe les produits et charges directement liés à l’exploitation de l’entreprise, c’est-à-dire à son activité la plus systématique puisque sans exploitation, il n’y a pas d’entreprise.
La rubrique « financier » regroupe les produits et charges financières de l’entreprise. Activité moins systématique, cette rubrique enregistre la conséquence des choix financiers de l’entreprise.
La rubrique « exceptionnel » regroupe les produits et charges non récurrents et ne revêtant pas le caractère d’exploitation ou financier (+ ou – value de cessions d’actifs, créances irrécouvrables…).
L’étude de ces rubriques permet donc d’identifier les causes d’un bénéfice ou d’une perte.
La somme des rubriques permettra au final de mener au résultat net.
Négatif il indiquera une entreprise ayant réalisé un déficit et à l’inverse un bénéfice.
Le résultat net sera également utilisé pour calculer la capacité d’autofinancement.
Donnée clef, cette capacité doit être suffisante pour permettre à l'entreprise de couvrir ses risques (les dotations aux amortissements et provisions), de financer ses investissements, de rémunérer ses associés (dividendes) et de renforcer sa structure (par une conservation de ses résultats). C’est l’indication essentielle utilisée par les prêteurs pour s’assurer de la solvabilité de leurs emprunteurs.

2. La structure financière par le bilan.

Le bilan est une photographie de la situation patrimoniale de l’entreprise à une date donnée.
Il traduit en unités monétaires ce que l'entreprise possède (l'actif) c'est à dire ses moyens de production, ses biens, ses créances sur les tiers, et ce qu'elle doit (le passif) c'est à dire l'ensemble des ressources dont elle dispose.
Pour passer d'une logique comptable à une logique plus économique et financière, les établissements bancaires élaborent un retraitement du bilan par une présentation des chiffres en masses : c'est ce qu'on appelle le bilan en grandes masses. Cette présentation va permettre une lecture de l’entreprise au travers de 3 fonctions :
• La fonction « structure » : couvre les besoins structurels d’investissements (actif immobilisé) et les ressources structurelles.
• La fonction « exploitation » : couvre les besoins courants nés de l’activité (actif d’exploitation) et les ressources courantes nées également de l’exploitation (dettes d’exploitation)
• La fonction « trésorerie » : couvre les liquidités et les valeurs mobilières de placement (trésorerie active) et, en parallèle, les financements bancaires à court terme (trésorerie passive). Mais il faut bien voir que cette fonction est la plus simple résultante des deux précédentes.
Le bilan découpé en grandes masses permet de distinguer la part des ressources stables de celle des ressources à court terme, et également la part des emplois à long terme de celle des emplois à court terme. Cette distinction permet de mesurer la part des ressources stables disponible après financement des emplois immobilisés (Fonds de roulement), et le niveau de ressources nécessaires au financement des besoins de l’exploitation (Besoin en Fonds de Roulement).
La connaissance de ces deux mesures est importante pour apprécier la structure financière d’une entreprise et son exposition au risque de dépôt de bilan.

3. Autres outils d’analyse du risque

Les ratios: l'élaboration du bilan en grandes masses et des soldes intermédiaires de gestion permettent d’adopter une logique plus économique et financière.
Grâce à ces retraitements les banques vont utiliser différents ratios pour compléter leur analyse, en comparant certains résultats entre eux, leurs évolutions sur plusieurs exercices et face aux normes sectorielles.
Il existe différentes catégories de ratios:
• les ratios de profitabilité issus du compte de résultat et du bilan :
- ratio de marge nette (BFR/CA)
- ratio de marge d’exploitation (RExploitation / CA)
- ratio de rentabilité de l’investissement (RNet / (Actifs Immobilisés + BFR)
- ratio de rentabilité financière (RNet / FPropres)
• les ratios de structure financière :
- ratios d’endettement (Dettes financières nettes/Fonds Propres) & (FP/Capitaux permanents)
- ratios de financements (Fonds permanents/Immobilisations nettes) & (Autofinancement/Investissements
• les ratios d’activité :
- ratios rapportant le chiffre d’affaires aux moyens engagés :
o productivité de l’actif (CA/Investissements)
o ratio d’exploitation (BFR/CA)
o ratios calculés en jours : Crédit Clients (CClients/Ventes), Crédit Fournisseurs (CFournisseurs / Achats), Délai moyen de rotation des stocks (Stock de Matières 1ère /Consommation de Matières 1ère) & (Stocks de produits finis / Coût des produits vendus)
• les ratios de liquidité :
- Le ratio de trésorerie (Actifs Circulant / Dettes à CTerme)
- Le ratio de position financière (Dette financière totale / Cash Flows)
• Les ratios de personnel :
- Le ratio d’intensité capitalistique (Immobilisations Brutes / Effectifs)
- Le ratio de rendement du travail (VAjoutée / Effectifs)
- Le ratio de coût salarial (Frais de personnel / Effectifs)
• les ratios boursiers :
- Les ratios de capitalisation des résultats (Price Earning Ratio : Cours de l’action / Bénéfice par action ; Price Cash Flow : Cours de l’action / Cash Flow par action ; le ratio de mesure du rendement : Dividende par action / Bénéfice net par action)
- Le ratio de distribution : Dividende par action / Bénéfice net par action

L’annexe aux états financiers :
Une annexe est un document joint au bilan et au compte de résultat qui en explique le détail et les variations d'un exercice à l'autre (corrections, explications d'une influence significative...)
Elle comporte toutes les informations obligatoires et d'importances significatives destinées à compléter et à commenter celles données par le bilan et par le compte de résultat afin de fournir une image fidèle aux tiers.
Le nombre de ces annexes est différent selon qu'il s'agisse d'une société, d'une entreprise artisanale ou d'une profession libérale.
Elles peuvent s'accompagner d'un rapport de gestion qui est un document de synthèse donnant l’ensemble des informations significatives portant sur les trois aspects de la gestion de la société ou du groupe (économique, juridique et social). Une inscription dans l'annexe ne peut pas se substituer à une inscription dans le bilan et le compte de résultat.
En France, l'annexe peut être présentée de manière simplifiée si l'entreprise pendant deux exercices successifs ne dépasse pas deux des trois seuils suivants : chiffres d'affaires < ou = 7 300 000 €, total bilan < ou = 3 650 000 €, et nombre de salariés < ou = à 50.
Les annexes sont notamment constituées des éléments suivants :
- précisions et indications les provisions
- l'état des amortissements et les pertes de valeur
- précisions sur les crédits baux
- échéances des créances et des dettes
- ventilation du chiffre d'affaire par catégories d'activité, par marchés géographiques
- perte de valeur de stock
- règlement de litiges,...

Conclusion :

On constate donc que l’analyse risque ne peut se limiter à l’étude du compte de résultat même si il s’agit d’un élément fondamental. En effet celui-ci ne nous permettra pas de connaitre la typologie de produits commercialisés, la conjoncture économique du secteur ou encore la clientèle de l’entreprise.
Il convient donc au préalable de réaliser une analyse économique de celle-ci puis d’étendre l’analyse financière aux autres éléments comptables et financiers afin d’être en mesure d’observer objectivement les multiples risques auxquels fait face une entreprise.

Davy A.

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Date d'inscription : 22/02/2016

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